Eva Gaillot : une cuisine solaire, entre matière, saison et émotion
Entre Provence, lumière du Sud et rituels méditerranéens, Eva Gaillot imagine une cuisine profondément liée au vivant.
Cheffe indépendante, autrice, styliste et photographe culinaire, elle compose avec les saisons, les matières et les émotions, dans une recherche constante de justesse et de simplicité. Avec La Table au Soleil, elle imagine des rendez-vous intimistes où la cuisine devient un espace de partage et de connexion.
Son regard, nourri par l’Ayurveda, ses voyages en Inde, mais aussi par la mode, l’art et l’architecture, dépasse largement l’assiette. Dans cet échange, elle raconte une approche instinctive de la création, où chaque détail compte et où la sincérité reste le fil conducteur.
Comment décririez-vous votre univers aujourd’hui et la manière dont vous habitez la cuisine ?
Aujourd’hui mon univers est très instinctif, très ancré dans le vivant.
La cuisine est devenue pour moi un langage, presque comme une façon d’habiter le monde. Je ne la vois pas seulement comme un métier ou un geste technique, mais comme une manière de ressentir, de relier, de raconter quelque chose de simple et de vrai.
Vous êtes cheffe indépendante, autrice, styliste et photographe culinaire. Comment ces différentes pratiques se répondent-elles dans votre travail ?
Elles ne sont pas séparées, tout part de la même sensibilité. La cuisine nourrit l’image, l’image nourrit l’écriture et inversement. Je pense en textures, en lumière, en émotions. Que je cuisine, que je photographie ou que je dresse une table, je cherche toujours la même chose : une forme de justesse et d’équilibre.
Votre cuisine semble profondément liée au soleil, aux saisons et au vivant. Comment ces éléments accompagnent-ils votre manière de créer ?
Je ne pourrais pas créer sans cela et c’est très profondément lié à mes racines, à mon environnement, à l’endroit où j’ai grandi. Le soleil, les saisons, le rythme du vivant, me donnent un cadre, mais aussi une forme de liberté.
Cela demande d’être attentive, de s’adapter en permanence à ce que la nature offre au bon moment. J’aime cette idée que tout ne soit pas totalement contrôlable. Ça enlève quelque chose de trop figé dans la création et ça la rend plus instinctive, plus honnête.
Vous parlez souvent de réunir, nourrir, partager. Quelle place occupe la table dans votre travail aujourd’hui ?
La table est centrale, c’est pour moi un espace d’expression et de lien. Ce n’est pas simplement ce qu’il y a dans l’assiette, c’est aussi ce qui se passe autour. J’ai envie de créer des moments où les gens se sentent bien, où quelque chose circule d’authentique,
de sincère.
Vous avez développé La Table au Soleil. Qu’aviez-vous envie d’exprimer à travers ce projet ? Comment est née cette idée ?
La Table Au Soleil est née d’une envie très personnelle : revenir à l’essentiel. Une table, un repas, une présence. J’ai réalisé que mes moments les plus joyeux, se passaient autour d’une table, baignés de cette lumière du Sud. Plus qu’un concept, c’est presque une quête, un art de vivre : quelque chose de libre, de chaleureux, de vivant…
Une table éphémère, pensée comme des rendez-vous singuliers, intimistes & solaires. Une table ancrée dans des rituels culinaires méditerranéens.


Votre travail accorde une grande place aux matières, aux textures, aux couleurs. Comment se construit une composition culinaire chez vous ?
Je pars souvent d’une sensation. Une couleur, une saison, un produit.
Ensuite je construis autour, en cherchant un équilibre entre les textures, les contrastes, l’équilibre des goûts. J’aime quand ça reste vivant, sincère, pas parfait.
La Provence est très présente dans votre univers. En quoi ce territoire influencet-il votre regard et votre manière de travailler ?
La Provence c’est toute mon enfance. La lumière, les produits, les paysages...
Ça a profondément influencé mon regard, ma sensibilité et ma manière de travailler. Ici, on porte une attention certaine aux choses simples : la saisonnalité, le goût juste, les matières brutes, les moments partagés autour d’une table.
Votre parcours est aussi nourri par l’Ayurveda et par vos voyages en Inde. Comment ces influences continuent-elles d’accompagner votre cuisine aujourd’hui ?
Mes voyages en Inde et l’Ayurveda m’ont appris à écouter mon corps, le rythme des saisons, les besoins qui évoluent au fil du temps.
Ce n’est pas quelque chose que j’applique de manière stricte, mais c’est une grille de lecture qui m’accompagne. Et dans mon métier de cheffe privée, surtout pour les retraites de yoga, ça m’aide à penser la cuisine comme quelque chose qui soutient, qui équilibre.
Votre travail s’inscrit dans un univers très sensible à la matière et au vivant. Est-ce que d’autres disciplines créatives te nourrissent votre regard ?
Oui, énormément, la mode, l’art contemporain, l’architecture… tout ce qui travaille la matière et la forme m’inspire. Je regarde beaucoup les lignes, les volumes, les associations inattendues.
Si vous deviez faire un lien entre votre travail en cuisine et le vêtement, lequel serait-il ?
Pour moi, c’est une question de sensation. Un plat, comme un vêtement, doit se ressentir. Il doit tomber juste, sans effort apparent.
La cuisine, comme la création d’un vêtement, s’inscrit dans un rythme saisonnier. Est-ce une temporalité importante dans votre manière de créer ?
Oui, essentielle. Travailler avec les saisons donne du sens. Ça amène une forme de guidance et ça rend chaque moment, chaque plat, un peu unique.
En tant que styliste et photographe culinaire, vous travaillez aussi la mise en scène. Quelle place occupe la composition visuelle dans votre pratique ?
Elle est importante, mais elle ne doit jamais prendre le dessus. L’image doit rester au service de quelque chose de vrai. J’essaie toujours de garder une forme de simplicité, de naturel.
Voyez-vous des correspondances entre la manière de composer une table et celle de construire une silhouette ou une collection ?
Oui, complètement. C’est une question d’équilibre, de rythme, de détails. Savoir quand ajouter, quand enlever.
Pour vous, qu’est-ce qui fait la cohérence d’un univers créatif, qu’il s’exprime à travers une table, une image ou une collection ?
La sincérité. Quand tout vient du coeur, d’une vraie passion, ça se sent naturellement. Il n’y a pas besoin de sur-expliquer.
Si votre univers culinaire devait se traduire en une collection de vêtements, à quoi ressemblerait-elle ?
Palette de couleurs, matières, atmosphère… Ce serait une collection très solaire, avec des matières naturelles, du lin, du coton, peut-être un peu de soie. Des couleurs chaudes, des blancs cassés, des touches plus vibrantes aussi. Quelque chose de fluide, de libre, qui bouge avec le corps.






